Marguerite de Foix-Béarn

Gaston VII a marié l’une de ses filles, Marguerite, au fils du comte de Foix, Roger-Bernard. Marguerite succède à son père en 1290. Aucune bastide n’est créée du vivant de son époux Roger-Bernard. Mais dès le décès de celui-ci en 1302, Marguerite entreprend de fonder des bastides. Elle règne de facto jusqu’en 1319 et va s’intéresser au sud-est du territoire : un changement dans l’aménagement du territoire.

Carte Béarn 1302

Carte du Béarn fin 1302 (en rouge, le bailliage de Nay)

La carte du Béarn en 1302. Différentes voies traversent le territoire, particulièrement à l’ouest, elles permettent le transit commercial vers la Navarre et la péninsule ibérique ainsi que les pèlerinages vers Saint-Jacques de Compostelle. Prenant la tête de la vicomté en 1302, Marguerite entreprend de valoriser l’est du territoire, elle délimite tout un secteur (trame orange) sous la dépendance d’un nouveau centre administratif et juridique qu’elle crée à Nay ; différentes bastides vont y être créées (voir ci-dessous). En carré sur cette carte, les bastides existantes en Béarn en 1302.

Aménagement du territoire sous Marguerite

Carte Béarn 1310
Les vicomtes de Béarn ambitionnent alors de récupérer la Bigorre pour créer un état continu englobant le Béarn et le comté de Foix. Il n’est donc guère besoin de postes militaires majeurs dans cette direction. De 1302 à 1319, Marguerite renforce le territoire vers l’est par un développement administratif et une mise en valeur agricole.

En outre, les bastides viennent vers le sud occuper le territoire dans des zones laissées jusqu’ici incultes, car servant de zones indivises, réservées à l’élevage extensif. Depuis des temps qualifiés d « immémoriaux », elles étaient traversées par les trajets de transhumance Ce sont donc près des chemins de transhumance, ou le long de voies de transit, que ces bastides sont établies : Nay, Montaut, Gan, Lestelle-Bétharram, Bruges, Rébénacq… La localisation de ces dernières étend l’emprise vicomtale vers des zones restées indivises et utilisées par les communautés montagnardes d’Asson et de la vallée d’Ossau. En fait l’implantation de ces bastides se fait au détriment de ces communautés en empiétant sur leurs terres, et représente donc une sorte de conflit assumé par les vicomtes face à ces communautés. [Au débouché de la vallée d’Aspe, l’espace était entièrement occupé par des bourgs préexistants et ne permettait pas l’attribution de terres pour implanter des bastides].

Dans le sud-est, dans le bailliage de Nay, les bastides sont établies en vallée, près d’un pont ou d’un passage à gué. Un moulin est prévu par certaines chartes de fondation. Les bastides jouent alors un rôle d’aménagement agraire autant que d’appui au commerce. Contribuant à affirmer l’autorité centrale du vicomte, elles lui procurent aussi des ressources (par les taxes sur la maison et les terres mises en culture, les taxes sur la justice et le péage pour le pont).

Plan des bastides sous Marguerite

Les bastides créées en Béarn à partir de 1302 ont une grande place.

bastide-nay-aerien

Vue aérienne de Nay : au milieu la grande place rectangulaire.

Un plan rectangulaire est d’abord adopté en 1302 pour Garlin et surtout Nay dont la dimension de place est inédite dans le Béarn (100 arases de largeur, soit 46m, 150 arases de longueur, soit 70 m).

Pour Montaut (1308), le plan adopté comporte une place carrée d’environ 150 arases de côté. Ce plan sera repris quasi à l’identique pour les bastides suivantes.

Les descendants de Marguerite

Carte Béarn 1350

Les descendants de Marguerite vont poursuivre la même politique : implantation privilégiée vers l’Est, dans le piémont.

Après un intermède de conflit militaire avec les Armagnacs, cette politique est reprise à partir de 1330 par Gaston II, petit-fils de Marguerite : il fonde Gan, Lestelle, Vielleségure.
A partir de 1343, Gaston III Fébus lui succède et suit la même stratégie au tout début de son règne en fondant Bruges et Rébénacq.
Ces fondations adoptent la forme de plan inaugurée à Montaut, avec une grande place carrée de près de 70 m ce côté.

Lire la suite : En Pays basque et au Nord du Béarn.


Succession des vicomtes du Béarn

La succession des vicomtes du Béarn, et les plans de leurs bastides.

En Béarn, les stratégies territoriales des Moncade (en rouge) et des Foix-Béarn (en bleu) sont différentes. En outre, 3 types de plans sont adoptés successivement : place petite ou absente (en rouge), puis rectangulaire, enfin carrée. (Les dates de création des bastides d’Arzacq et d’Assat restent hypothétiques).